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Tenin Diawara, la chanteuse qui bouscule la société guinéenne

today04/04/2021 65 10 3

Arrière-plan
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Tenin Diawara sortait ce vendredi 25 mars son deuxième album, à l’occasion d’un concert dédicace au Palais du Peuple de Conakry. Intitulé Guineya, ce nouvel opus de 20 titres reprend ce qui fait son succès depuis déjà trois ans : musique dansante, spontanéité et textes engagés. Rencontre avec « la reine de Banian ».

Banian, c’est ce village du côté de Faranah, en Haute Guinée, où Tenin Diawara a passé son enfance et auquel elle ne cesse de rendre hommage dans ses chansons. Issue d’une « lignée de griots », sa mère et son père sont musiciens. Elle chante dans les cérémonies, lui, joue de la guitare. Ce sont des parents absents. « J’ai grandi dans une famille nombreuse. Je devais rester à la maison pour m’occuper de mes frères et sœurs. Je n’ai pas pu aller à l’école, j’aurais aimé pouvoir le faire. »

La jeune femme de 28 ans parle avec une extrême sincérité des moments difficiles de sa vie, sans jamais s’apitoyer sur son sort. C’est cette capacité à évoquer des sujets délicats, avec beaucoup de justesse, qui fait aujourd’hui la singularité de Tenin Diawara dans le paysage musical guinéen.

Ses chansons cumulent des centaines de milliers de vues sur Youtube et traitent de sujets de société, parfois douloureux. Pour n’en citer que quelques-uns : le diktat de la blancheur et les méfaits de la dépigmentation, le matérialisme qui finit par remplacer les sentiments dans la relation amoureuse, les violences faites aux femmes.

Tenin Diawara nous reçoit dans sa chambre d’hôtel quelques heures seulement avant de monter sur scène. Détendue. Elle termine ses phrases par des éclats de rire, chante ou se lance dans des improvisations. Tenin Diawara compose ses mélodies et imagine ses paroles comme ça, aussi simplement.

Une idée lui vient, elle fonce en studio l’enregistrer. « Elle peut très bien être inspirée par cette interview et faire une chanson à partir de ça », s’amuse son manager, Irénée Bangoura. À la fois chargé de communication, tourneur et ami, sous ses multiples casquettes, il la couve du regard.

Scandale

Visage sans maquillage encadré d’une perruque orange. C’est le seul artifice que Tenin Diawara arbore ce jour-là. Mais quand on lui pose la question, un brin espiègle : est-ce que vous pensez faire une chanson pour encourager les Africaines à assumer leurs cheveux ? Elle répond sans hésiter et joint le geste à la parole, en tirant sa tignasse lisse en matière synthétique. Dessous, se dessinent des tresses plaquées. Elle affiche alors un sourire fier.

L’un de ses titres résume son état d’esprit. Dans N’fatara pigna, (« j’ai bien fait » en français), sorti en 2020, elle encourage les Guinéens à s’affranchir du regard des autres.
Dans le clip, elle n’hésite pas à s’entourer de danseurs efféminés. Elle a été très critiquée pour ça. « Des gens ont dit qu’elle voulait imposer l’homosexualité. » Mais Tenin Diawara assume : « Chacun fait ce qu’il a envie de faire. »

Le scandale culmine en janvier 2021, lors d’un concert à Kamsar. Sur scène, un jeune homme soulève son vêtement et dévoile ses fesses nues. La carrière de la chanteuse est chahutée. Tenin Diawara est interdite de spectacle. « Ses frères artistes attendaient sa chute », se remémore Irénée Bangoura. Mais au bout de quelques semaines, la sanction est levée et l’interprète s’autorise même la sortie d’une nouvelle composition. Échec est un pied de nez à ses détracteurs.

Cette ville de Kamsar, Tenin Diawara la connaît bien. À l’âge de 13 ans, elle est envoyée chez sa tante, chanteuse, dans la cité portuaire de la Basse-Côte, à quelques kilomètres de la frontière bissau-guinéenne. Sûre du talent de la petite Tenin, qui se produit dans les cérémonies depuis qu’elle a 7 ans, sa maman souhaite qu’elle se perfectionne auprès de sa sœur.

C’est à Kamsar que Tenin Diawara a appris la langue soussou, celle qu’elle utilise le plus dans ses textes. Une langue qui compte à peine quatre millions de locuteurs en Afrique. « C’est ça, sa mission, elle veut prouver aux gens, aux Guinéens, que la musique n’a pas de frontière. C’est pour cela qu’elle chante dans une langue que personne ne comprend », analyse Irénée Bangoura. Et cela ne l’empêche pas d’être écoutée un peu partout. Sur Youtube, des commentaires sont postés des quatre coins du continent.

Émancipation

Après le ramadan, une tournée l’emmènera à l’intérieur du pays, avant des concerts au mois de mai en France, à Nantes et Tours. « C’est la communauté guinéenne qui nous a contactés », précise Irénée Bangoura. Tenin Diawara est plébiscitée par la diaspora. Elle s’est même vue décerner le prix de l’artiste préférée des Guinéens d’Égypte, la seule distinction qu’elle ait jamais reçue. Rare moment de l’interview où elle se départit de sa bonne humeur. Même si elle affirme le contraire, Tenin Diawara semble souffrir du manque de reconnaissance de l’industrie musicale guinéenne : « Les personnes qui me suivent, c’est ma récompense », insiste-t-elle.

Le vendredi 25 mars, au Palais du Peuple de Conakry, celle qui règne sur Banian fait son entrée sur scène assise sur un trône descendu du plafond. Dans le public de 2 000 personnes, il y a essentiellement des femmes et beaucoup de trentenaires. Elles sont certainement séduites par ses textes engagés qui prônent la liberté. Il y aussi des dames plus âgées. C’est la djèliya, l’art des griots, qu’elles affectionnent sûrement le plus chez Tenin Diawara. « Elle a réussi à renouveler la tradition« , remarque Irénée Bangoura. En faisant varier les rythmes. « Je me suis dit qu’il fallait faire danser le public », complète Tenin Diawara.    

Elle a produit elle-même son dernier album, sur lequel elle remercie à plusieurs reprises ses sponsors, des personnalités guinéennes qui financent les artistes. Le streaming et les concerts ne rapportent pas assez, explique le manager : « Une Tenin Diawara au Nigeria, c’est une vraie riche, une millionnaire ! » Elle subvient aux dépenses de toute sa famille et aide ceux qui croisent son chemin. Tenin Diawara ne triche pas. Elle vit sa musique et sa musique raconte sa vie. Divorcée, mère de deux garçons de 5 et 7 ans, elle pratique l’émancipation qu’elle promeut dans ses textes.

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Écrit par: admin

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